Roman graphique – Lumière Noire (Oneshot) – Tourbillons et turpitudes de la vie

de Claire Fauvel et Thomas Gilbert
Edition : Rue de Sèvres
Prix papier : 20€
Pas d’édition numérique
Paru le 27/10/2021
208 pages

Fiche éditeur

Résumé :
Ava, chorégraphe reconnue qui enchaine les succès, ironise sur le fait qu’elle vient d’obtenir une bourse pour la création d’un spectacle alors qu’elle a pris la décision il y a quelques mois d’arrêter la chorégraphie. Après une ascension fulgurante, Ava est vide de toute inspiration et désabusée jugeant son art inutile face aux enjeux sociétaux du mo­ment.
Son amie Suzanne, lui conseille tout de même de monter ce spectacle et pour lui changer les idées, l’entraine à un gala. L’œil d’Ava est aimanté par un des danseurs, un jeune garçon dont la fougue et la passion lui rappelle sa propre jeunesse. Ava retrouve le jeune homme, qui s’appelle Ian, et sans prendre totalement la mesure de ce qu’elle est en train de faire, elle lui explique qu’elle travaille sur un nouveau spectacle pour lequel elle aimerait l’embaucher. Sous les regards envieux de ses camarades, il accepte de la revoir pour parler de son projet. Les deux s’enferment dans leur bulle créatrice, tout entiers à leur passion. Tandis que dehors, le contexte social s’endurcit, le chaos que vit la société va-t-il finir par transparaître dans leur relation ? La sensibilité de ces deux passionnés les entrainera-t-elle dans les affres de l’autodestruction ?

Claire Fauvel

Mon avis / Mes impressions

« Lumière noire » est un roman graphique proposé par Rue de Sèvre, comme tous leurs romans graphiques papier que j’ai eu l’occasion de tenir en mains, cela rajoute du plaisir à la lecture, tant l’objet est de belle facture, avec des pages qui tiennent très bien en main, le tout permet une meilleure immersion dans l’histoire.

C’est le genre d’histoire engagée qui ne laisse pas indifférent, qui marque. Nous savons pas mal de choses, mais cela n’empêche pas l’éléctrochoc quand on les voit prendre vie sur la page (vu ce qui se passe, les manifestations, les soucis avec les policiers etc. je me suis sentie là dans notre monde). Là, nous sommes plus au cœur, et ça fait indéniablement mal, ça heurte, ça pique, mais quelque part c’est important, et une lecture que j’encourage ainsi les lecteurs mûrs et avertis à faire.

Grâce à Izneo, j’avais déjà eu l’occasion de lire Claire Fauvel dans « La nuit est mon royaume » qui ne m’a pas laissé indifférente non plus. Je vais essayer de vous le mettre dans la semaine aussi. Je me suis aussi notée de lire si possible un jour « La guerre de Catherine« . Il faudra peut être se pencher sur les autres aussi, à voir si l’occasion aussi.

Couverture La nuit est mon royaume Couverture La guerre de Catherine (BD)

Je découvre totalement Thomas Gilbert.

Nous avons deux personnes qui s’associent : Thomas Gilbert et Claire Fauvel, tout comme dans notre histoire, où c’est Ava et Ian pour nous offrir une danse de la vie que nous allons mettre un certain temps à digérer.
« Lumière noire », le titre fait penser à un oxymore, deux mots opposés, voire deux opposés qui s’attirent, avant celle qu’on connaît plus pour une ambiance particulière, vérifier si c’est des faux billets, etc. La couverture est belle et tragique à la fois, fascinante et troublante, ainsi nous sommes parfaitement dans l’ambiance que nous aurons.
Ava et Ian dansent, corps entremêlés, Mais c’est surtout ce noir et cette ombre qui plane qui font peur, qui interroge.
Si je voulais continuer dans cette sensation d’opposer, la couleur de peau d’Ava est noire, celle de Ian est blanche, et ils sont plein de surprises sur leurs origines.

Ava est une chorégraphe reconnue, désabusée autant par son art que par la vie, que par la société on pourrait dire. Elle a osé et effectivement quand nous en saurons un peu plus sur elle et voyons un de ces thèmes utilisés dans un spectacle c’est fort.
Son amie, Suzanne, a l’idée de l’emmener voir du sang frais pour raviver son esprit créatif, son désir.
Ava est dans un monde particulier, d’art et de création, de danse et de chorégraphie.
Il y aura également au cours du temps des discussions avec d’autres danseurs et malgré tout, ils gardent aussi les pieds sur terre et savent discuter de plein de choses.

Ian est jeune, volontaire, encore un peu naïf. Bref, il est ce qu’on a tous été un peu en quelque sorte avant d’être broyé par le temps, le système, la vie. En tout cas, c’est ce à quoi cela me fait penser. Il est très engagé et se confrontera plusieurs fois à Ava ou d’autres.
Ironiquement, alors qu’il ne semble pas être si touché que cela par sa présence quand elle va voir les étudiants la première fois, il n’en est rien. Comme les apparences peuvent être trompeuses.

Le roman graphique se décompose en actes, le premier est sur Ava, le deuxième sur Ian, le lecteur fait ainsi un peu mieux connaissance. Le reste, je vous laisse découvrir.
La danse est une partie importante de leurs vies, l’essence, le moteur, même si ça peut leur arriver de se poser des questions.

Si au départ on part sur une idée de spectacle, de duo, que c’est intéressant, prenant.
Nous irons très rapidement sur des choses plus brutes de décoffrage, plus puissantes, plus fortes qu’on pourrait le croire au départ.
Nous sommes entraînés avec eux sans savoir où leur duo va les emmener.

La passion et la danse habitent Ava et Ian. Ava puise dans sa rencontre avec Ian sa nouvelle création, ainsi que dans d’autres éléments, là aussi elle pourrait nous mettre la larme à l’oeil. L’envie de créer mais il y a aussi l’envie de Ian, le désir de son corps, la différence d’âge.
Et nous ne savons absolument pas sur quoi cela va déboucher, au départ nous nous demandons même comment Ava va créer ce fameux spectacle à deux.
Jusqu’à la fin, nous sommes surpris, emporté, dans le tourbillon de leurs vies.

Nous le savons bien les relations, ce n’est jamais simple, mais ils ne sont pas seuls, face à tout un système, impuissant en partie, Ian veut croire justement que ces actions peuvent encore changer quelque chose.
Parfois leurs visages et leurs paroles ne disent pas tout ce qu’ils pensent, cela se voit notamment dans cette première rencontre, où tous les doutes qui traversent Ava.

Il y a quelque chose de vraiment très fort, on s’attache à eux, mais cette ombre qui plane instille du désespoir aussi.
C’est brutal, vif, violent, et c’est la vie, c’est aussi ça qui est terrible et dure.

J’aurai quand même voulu en savoir plus sur certains éléments, comme aux dernières nouvelles on ne vit pas d’amour, d’eau fraîche et de passion, notamment de quoi vie Ian ? Ava le payait-elle en commençant les répétitions ? Combien ? Que disait le contrat ?
Pour Ava, on pourrait partir du principe qu’avec ses succès, elle a de la réserve.

Le graphisme est agréable, beau, il dégage quelque chose.
Quand le conte nous est conté, les pages ont un fond noir, cela fait son petit effet en regardant les tranches. Une très bonne idée sa présence, elle ajoute quelque chose.

C’est un onehsot, vous avez donc le plaisir d’avoir toute l’histoire en une fois, sans attente 🙂

On a abordé des choses très variées
-> La passion de la danse
-> La peur d’échouer
-> les violences policières
-> L’écologie
-> Les idées créatives qui surgissent des vies humaines
-> Rencontrer une personne qu’on admire et se rendre compte qu’elle est humaine
-> Opposer les idées, les croyances
-> De superbes idées, dont un conte qui nous prend aux tripes
-> Processus créatif du début à la fin (danse, chorégraphie, histoire à raconter, costume, musique…)
-> Le monde qui va mal allié à un sentiment d’impuissance
-> La force de la jeunesse vs le côté désabusé de ceux qui ont plus d’expériences
-> Des personnages de tous les horizons

C’est riche, c’est fort, c’est prenant, ça met un coup de poing.

Mini avis du Ly’s week
Bonne lecture, du genre qui laisse des traces, qui heurte, bouscule, fait mal. Quelque chose de fort, de vif, de brutal et d’important, on dépasse le cadre de la danse.

Graphisme

Citations
« Je suis face au vide, je crois que je n’ai plus rien à dire. Je me suis asséchée, la création n’est pas une corne d’abondance. Sand désir, la source se tarit. Impossible de danser. »
« Je crois que l’humanité a toujours affronté des crises. Croire qu’on va arriver à bout du vivant, ou même juste qu’on vit un moment crucial ça me semble terriblement arrogant. »
« Mon projet parle de l’aveuglement de ceux qui pensent avoir une morale supérieure aux autres et oublient que le bien et le mal sont une invention humaine. Mais on peut ajouter des pancartes « mort au capitalisme » dans le décor, si ça te fait plaisir ! »
« Il y a tellement de façons de rendre ce monde plus juste, plus vivable. »
« Je veux dire, on mène nos petites vies comme si de rien n’était, on fait semblant de ne pas voir qu’on va droit dans le mur. Mais on est tous au courant. Demain, personne n’aura le droit de dire qu’il ne savait pas ! On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas que le système qu’on a créé est monstrueux. On réduit en esclavage la moitié de l’humanité et on bousille tout, seul notre plaisir compte ! Mais on n’a pas le droit de faire ça ! Soit on ose tout changer soit tout va nous péter à la gueule ! »
« On ne peut pas laisser l’inhumanité gagner. »

Merci à Rue de Sèvres pour la confiance et l’envoi de cette lecture riche et puissante.

Et vous ? Il vous intéresse ? En avez-vous entendu parler ?

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2 commentaires sur « Roman graphique – Lumière Noire (Oneshot) – Tourbillons et turpitudes de la vie »

    1. Oui ça percute même sans être d’accord avec tout, ça c’est fort aussi, surtout d’avoir dépassé le cadre initial. Pas de souci avec le graphisme pour moi cette fois-ci. Ils discutent et s’opposent bien entre eux aussi.
      On y reste pas indifférent !

      Aimé par 1 personne

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